Résumé de la saison 1 : L’innovation n’est pas spontanément perçue comme nécessaire, utile ou efficace. Pire, elle fait souvent peur. Nos craintes sont légitimes. L’innovation n’est pas bonne en elle-même. Mettre en avant le ‘why’ (Simon Sinek), le dessein, le rôle sociétal, la « conscience » (Rabelais) est une 1ère étape indispensable dans la stratégie de communication autour de l’innovation.

De cette 1ère étape, la seconde découle immédiatement. Car comment accueillons-nous le dessein sociétal d’une organisation ? Beaucoup de facteurs entrent en jeu : notoriété, image, réputation, nationalité, histoire… Tous ces éléments peuvent « troubler » la perception que nous avons de l’organisation, le crédit que nous lui accordons, la confiance qu’elle nous inspire.

Il est infiniment plus simple de faire passer l’organisation au second plan et de mettre en avant une personne pour incarner cette mission sociétale. Qu’il s’agisse d’un Directeur scientifique, d’un ingénieur de développement, d’une Directrice de programme ou d’une entrepreneuse, un individu aura beaucoup plus de chances de générer en nous ces émotions positives. Il nous faut donc un héros ou (mieux ?) une héroïne pour porter le dessein de l’organisation et incarner l’innovation.

Prenons un exemple récent. Voici par exemple, Bertin Nahum, créateur de Medtech, une société particulièrement prometteuse et spécialisée dans le développement de robots d’assistances aux gestes médico-chirurgicaux.
Le robot remplacera-t-il le chirurgien ? Ces robots sont-ils réellement fiables ? Quels sont les risques potentiels pour le patient ? Quid de la relation entre le chirurgien et son patient ? Et compte tenu du coût de ces robots, s’agit–il d’investissements pertinents et prioritaires pour des centres hospitaliers aux budgets exsangues ?

Si vous visionnez les 2 premières minutes de la vidéo de Frenchweb, vous remarquerez à quel point Bertin Nahum est posé, rassurant, et pédagogique. L’expression qu’il utilise n’est pas anodine : il parle de ses robots comme de « GPS pour chirurgiens ». Fondateur de son entreprise, il en incarne formidablement le dessein.

Cette « capacité à incarner » est souvent, pour les jeunes sociétés innovantes, une des conditions de leur réussite. Pour autant, mettre en avant une personne charismatique et un acteur clé du processus d’innovation est aussi une technique opportune pour de très grandes organisations.

Remontons plus de 20 ans en arrière. Nous sommes en 1993 et Renault lance sur le marché un objet roulant non identifié : la Twingo. Petite citadine mais monospace, design hyper-original mais organes mécaniques vieillissants, voiture d’entrée de gamme mais rentable, la Twingo tranche avec le passé du constructeur.

Mais la véritable innovation n’est pas dans le design. Aussi réussie que soit sa carosserie, ce nouveau modèle n’a strictement aucune chance de voir le jour s’il n’offre pas une équation économique satisfaisante. Et celle-ci passe par une remise en cause des méthodes de travail. C’est l’avènement de la structure projet, transverse aux directions métiers. Cette innovation est voulue par le président de Renault à l’époque, Raymond Lévy. Elle sera incarnée par le Directeur du projet Twingo, Yves Dubreil. Ancien de la maison, très intelligent, haut en couleurs, il remet tout en question : processus de décision, méthode de gestion de projet, relations aux fournisseurs, etc. Yves Dubreil parlera d’un projet dont la chance aura été d’être presque impossible mais ardemment désirable. Il redonne au constructeur le goût du défi. Ou plus exactement, il incarne le goût du défi retrouvé de Renault. Car c’est une constante très humaine que d’attribuer un mérite essentiellement collectif à une personne emblématique de la réussite.

Pour nous en convaincre, achevons cet article avec le cas de l’inventeur, figure souvent clé du processus d’innovation.

Revenons en 2015, et traversons la Manche. Un article récent dans Linkedin s’intéressait aux processus de créativité et évoquait le cas de James Dyson, le fameux inventeur de l’aspirateur sans sac. L’auteur y raconte comment James Dyson eut l’idée de son invention. Une phrase a retenu mon attention car elle symbolise de nos envies de « storytelling » : “This simple idea, this moment of insight, would ultimately make Dyson a personal fortune in excess of £3 billion.

Cette phrase fait un lien direct entre l’idée originelle de James Dyson et sa fortune personnelle. Réduire la genèse de cette réussite à un moment de créativité technique, c’est faire peu de cas du temps, du travail, des talents et des ressources financières qui auront été nécessaires pour que l’étincelle d’inspiration se transforme en succès commercial. Mais ce raccourci convient au public que nous sommes. Pourquoi ? Parce nous ne comprenons pas les détails techniques de l’invention. Parce que nous ne sommes pas nécessairement attirés par le produit aspirateur. Parce que la réussite économique d’un fabricant d’aspirateurs nous importe sans doute assez peu. En comparaison, l’idée même qu’une idée géniale suffise à expliquer un succès mondial est infiniment plus séduisante.

Ce n’est pas une règle infaillible, mais incarner l’innovation à travers une personne qui lui prête son visage tout en portant son but sociétal est souvent très opportun. Si l’on y réfléchit, ce constat nous ouvre quelques défis pour le futur types of agile project management. L’innovation est et sera toujours plus le fruit de notre intelligence collective. Elle résultera de la collaboration de nombreuses personnes plutôt que l’inventivité de quelques individus aussi brillants soient-ils. Pourrons-nous alors nous passer de ces figures rassurantes qui nous rassurent sur l’avenir au moment au même moment qu’ils en dessinent de nouveaux contours ?

Sans doute pas. Mais leur discours devra s’adapter, ne serait-ce que pour rendre hommage au travail de chacun. Vous l’aurez déjà deviné, ce sera le sujet du 3ème épisode de cette saga : l’étude des messages opportuns en matière d’innovation.

A bientôt !